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Entretien avec Jean-François Donzier
Jean-François Donzier a accepté de nous accorder de son temps pour nous parler de la gestion de l’eau dans son ensemble et des actions de l’Office International de l’eau (OIEau). Jean-François Donzier est Directeur général de l’Office International de l’eau depuis quelques années. Son parcours est assez brillant : Ingénieur Général du Génie Rural, des Eaux et des Forêts et Ingénieur Agronome de l'Institut National Agronomique de Paris et actuel Secrétaire Technique Permanent du Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB).
Entretien avec le Directeur général de l’Office International de l’Eau, Jean-François Donzier.
K : Quelques mots sur l’Office International de l’eau…
Jean-François Donzier : « L’Office International de l’Eau (OIEAU) est une Association, sans but lucratif chargée de Missions d’Intérêt Général. Elle regroupe l’ensemble des organismes français concernés par la gestion de l’eau. Ministères, collectivités, entreprises, distributeurs, fabricants, bureaux d’études mais aussi associations liés à la défense de la nature, à la défense des consommateurs ou encore des associations œuvrant pour les pays en voie de développement ; Au total, 150 membres représentent l’ensemble des continents. L’association a des partenaires dans tous les pays membres de l’Union Européenne, ce qui permet de travailler en commun. Nous sommes également en contact régulier avec des agences gouvernementales dans les autres pays du monde. Nous bénéficions donc d’un gros rayon d’actions. Nos membres ont accès à notre réseau d’experts lesquels peuvent organiser des conférences, des formations mais aussi mettre en place des projets de coopération à l’étranger. Notre statut d’association nous permet de cumuler toutes ces actions. »
K : Parlons justement actions, quelles sont-elles et quelle est votre actualité forte ?
J-F D : « L’Office International de l’Eau répond à trois catégories de besoins. Le premier, la formation professionnelle continue. Nous possédons deux centres nationaux de la gestion de l’eau qui accueillent 6000 stagiaires à l’année. Nous sommes les seuls équipés d’un réseau grandeur nature avec tout l’équipement que l’on retrouve dans la vie quotidienne pour la distribution, la collecte, le traitement et l’assainissement de l’eau. Les stagiaires procèdent donc à des traitements de potabilisation, à des collectes pour les eaux pluviales, à des traitements épuratoires des eaux usées et des boues. Les centres forment aussi bien le personnel des municipalités que celui des compagnies spécialisées, celles gérant les équipements des communes. Les formations concernent également l’aménagement des rivières, les économies d’eau, l’irrigation agricole et le traitement des eaux polluées. Ces formations sont ouvertes aux Français mais aussi aux Etrangers puisque nous aidons aussi les pays à reproduire nos techniques. C’est le cas de l’Arabie Saoudite, de l’Algérie et cela a été le cas avec la Pologne et le Mexique. Le second besoin est l’information. En effet, nous gérons les sites internet d’information comme celui dédié aux collectivités où les questions les plus courantes sur la gestion de l’eau sont évoquées « Eau dans la ville ». Ce site a tout de même 5,2 millions de visiteurs uniques par an, c’est considérable. Nous gérons également le portail international d’information et de documentation sur l’eau, « Eaudoc », qui répertorie, tel une bibliothèque, environ 250 000 références de textes divers sur l’eau. L’Office international de l’eau gère aussi le service technique de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), c’est-à-dire que nous mettons au point l’échange des données. Enfin, dernier besoin, la coopération internationale. Cette organisation à l’étranger nous permet d’aider les gouvernements à conduire les réformes administratives adéquates, à savoir des réformes en fonction des directives européennes destinées surtout aux pays de l’Est et aux nouveaux candidats, à bien administrer la gestion des bassins, inspirés du système français, sur la gestion des eaux municipales en ce qui concerne l’eau potable et l’assainissement et, enfin, à savoir organiser l’irrigation collective.
En ce qui concerne l’actualité forte, je parlerai bien sûr de la 8ème l’Assemblée générale mondiale du réseau international des organismes de bassin prévue à Dakar du 20 au 23 janvier 2010 dont la thématique sera « S’adapter aux conséquences du changement climatique dans les bassins : des outils pour agir ». Le réchauffement climatique a des conséquences sur l’eau et il faudra prévoir très vite des mesures pour s’adapter à ces conséquences. Les mesures de Copenhague seront sans doute efficaces mais les effets néfastes du réchauffement climatique sont déjà visibles et il faut adapter les changements aux bassins. Cette assemblée générale se déroule pour la première fois en Afrique, ce qui est d’autant plus symbolique que l’Afrique possède un grand nombre de fleuves transfrontaliers. La présidence est d’ailleurs assurée par le Haut Commissaire à l’organisation pour la mise en valeur du Sénégal (OMVS) jusqu’en 2013. Ce grand rendez-vous est la meilleure façon de confronter les expériences de chaque pays. La meilleure façon de progresser est d’échanger sur les choses qui fonctionnent. »
K : Que pensez-vous du contexte climatique lié à l’eau et de la nécessité d’une meilleure gestion ?
J-F D : « Mieux gérer l’eau est nécessaire à la base et encore plus en raison du contexte climatique actuel. 200 bassins versants sont répartis sur 88 pays. L’objectif est donc d’aider ces pays à une bonne gestion en développant un certain nombre d’outils reposant sur les bassins versants, lacs, fleuves, bassins et aquifères. La gestion des bassins est encore une pratique nouvelle qui n’est pas une science exacte. De plus, nous allons avoir des difficultés dans les années à venir donc il va falloir renforcer les institutions des bassins, donner les moyens techniques et financiers à ceux qui les gèrent. Les gaz à effet de serre sont responsables du réchauffement climatique mais ils ne sont pas les seuls. En essayant d’être réaliste et rationnel, l’eau douce, c’est un des vecteurs principaux du développement économique et social. Sans elle, rien ne fonctionne : eau potable, hydroélectricité, entreprises, pêche, production de poisson, tourisme, fonctionnement des écosystèmes ou encore la bonne gestion de l’irrigation agricole qui, rappelons-le, ponctionne 48% de la consommation d’eau douce en France contre 80% dans le monde. Si on ajoute à cela la forte augmentation de la population mondiale, nous sommes entre 6 et 7 milliards actuellement, qui sera égale à 9 milliards d’ici la fin du siècle, ce qui est considérable car c’est une augmentation de 50% en moins d’un siècle, cela renforce cette nécessité de mieux gérer l’eau. En effet, il va falloir nourrir cette population donc produire davantage de denrées agricoles tout en maîtrisant l’irrigation et le découpage de nouvelles zones pour la pratiquer. Les besoins en eau douce seront de plus en plus pressants et la pollution toujours présente. Plus de la moitié de la population vit dans des grandes villes, notamment dans les pays émergents comme la Chine. Pour alimenter ces pays en eau potable, les efforts seront à prendre en considération. Par ailleurs, il faudra aussi améliorer le traitement des eaux usées dans le monde surtout quand on sait que 80% des eaux usées sont rejetées sans être au préalable traitées. L’enjeu est majeur, il y va de la santé de la population. Comme le disait le brave Pasteur, l’eau était l’origine des maladies et c’est encore le cas dans certains endroits du globe. Toutes les maladies du nourrisson comme la diarrhée, le choléra ou d’autres maladies parasitaires comme le paludisme sont les principaux fléaux liés à l’eau sale, malsaine. Dès lors, la question est : que fait-on ? On a les techniques, elles sont disponibles et maîtrisées. Le problème reste l’organisation et c’est ce qui explique que notre association réponde au besoin de coopération internationale pour aider les pays et trouver les fonds. »
K : La France doit-elle se sentir menacée ?
J-F D : « La France doit aussi mieux gérer l’eau pour prévenir l’avenir. Mais il faut dire que la France possède un contexte géo climatique privilégié. De plus, la politique de l’eau est bien organisé depuis plus de 50 ans, ce qui en fait l’une des meilleures politiques du monde. A titre d’exemple, la gestion municipale de l’eau est parfaite. Sur les 37 000 communes, seules 150 ne sont pas tout à fait en règles mais vont l’être en raison des projets en cours en termes d’assainissement, d’épuration ou encore de collecte. La France a pour elle les circuits financiers, les organisations et la conscience des citoyens, au courant des enjeux. Oui, la France doit faire attention à sa gestion de l’eau car les inondations déjà existantes sont prévues pour se multiplier. Les inondations dites « flash » du sud de la France qui ont lieu chaque année vont s’intensifier et amener plus de sécheresse, les inondations dites « lentes », caractéristiques du Nord de la France vont, elles aussi, s’intensifier et s’exprimer avec des orages plus violents et des pluies fortes. Ce sont les conséquences, parmi d’autres, des changements climatiques. Il faudra aussi savoir délimiter les zones à risques, notamment en évitant de construire et de vivre dans les zones inondables. On estime aussi le déficit hydrique à 2 milliards de mètres cube d’ici 2050. Ce n’est pas une paille. Mais la France n’est pas la plus à plaindre puisque les pays du Maghreb sont déjà à -20% de pluviométrie par rapport aux années 70. Il faut nécessairement conduire des politiques d’eau pour s’adapter à tous ces changements. Et puis adopter des gestes simples au quotidien qui ne sont pas forcément automatiques et dont on ne mesure pas encore assez l’importance dans l’économie de l’eau. Prendre une douche en minutant son temps passé sous l’eau, couper l’eau du robinet en se lavant les dents, rechercher toutes les fuites de la maison, remplacer les joints, investir dans des équipements économiseurs d’eau. Au-delà, il faut aussi prendre des mesures globales comme mettre en place des techniques d’économie d’eau dans les entreprisses et dans le milieu agricole, miser aussi sur le recyclage des eaux usées et épurées, dessaler l’eau de mer, exploiter pourquoi pas les techniques permettant de provoquer la pluie, le tout en utilisant moins d’eau douce. Tout cela englobe la politique de « gestion de la demande ». Il faut avoir conscience que l’eau facile, c’est fini. Aujourd’hui, il faut économiser cette denrée précieuse. »
K : Pour vous, quelle serait la recette miracle ?
J-F D : « Il n’y a malheureusement pas de recette miracle. Il faut une somme d’actions pour arriver à de possibles résultats. Des politiques doivent se prendre et il faut compter entre 15 et 20 ans pour les voir se mettre en place. Il faut les moyens pour organiser, pour planifier et surtout il faut beaucoup d’argent, des milliards d’euros. A titre d’exemple, le budget actuel des agences de l’eau en France, adopté pour les années 2007 à 2013, est de 12 milliards d’euros. Les gens ignorent les raisons de l’augmentation du prix de l’eau. Mais, il faut savoir que le prix moyen de l’eau domestique en ville vaut 3 € le m3 soit 1 tonne d’eau livrée à domicile et dont ils peuvent user au quotidien pour l’ensemble de leurs besoins. Les prix augmentent car il faut couvrir les besoins, toujours nouveaux. Le prix est donc finalement très abordable en comparaison du prix que coûte l’essence. Le service de l’eau est de très haute qualité en France et le rapport qualité/prix est plus que correct. Par ailleurs, la France va devoir aussi investir dans la création de réservoirs pour les zones asséchées et les investissements sont très conséquents et ça, la plupart des gens ne le sait pas. »
K : Le réchauffement climatique peut-il être une menace sur la qualité de l’eau ?
J-F D : « Le rapport de la commission sur les effets du changement climatique demandée par Jean-Louis Borloo est clair. Nous aurons un déficit hydrique d’environ 2 milliards de mètre cube à l’horizon 2050, une réduction de 15% de l’hydroélectricité, moins de neige dans les stations puisque la neige se transformera davantage en pluie, des inondations plus nombreuses l’hiver et une sècheresse plus importante l’été, le stockage naturel de l’eau ne sera plus envisageable, une qualité plus médiocre des rivières, polluées car moins diluées, la modification de la flore et de la faune aquatique, risque de salinisation des embouchures des rivières étant donné le niveau de la mer qui monte, la salinisation des nappes d’eau souterraines côtières. Il va sans dire qu’il faudra améliorer les façons d’épurer et qu’il y aura plus de contraintes pour les techniques de refroidissement. La France est dans une situation moins dramatique que les pays du Maghreb. Je m’inquiète aussi de la situation des pays d’Outre-mer situés en zone tropicale qui risquent de vivre plus de cyclones. »
K : Que pensez-vous des techniques de collecte et d’assainissement en France ?
« Les techniques de collecte et d’assainissement sont de très haute qualité. Il va se poser quand même le problème de la rénovation des anciens réseaux, ce qui va être très onéreux. Il faudra aussi songer à améliorer le traitement des eaux usées et notamment celui des eaux pluviales. En effet, les eaux pluviales contiennent des polluants qu’il faut traiter pour préserver les rivières. Le traitement des boues devient aussi une préoccupation majeure puisque des milliers de tonnes de boues sont produites par les installations de traitement. Sont à améliorer les techniques d’épandage et les systèmes d’épuration comme le compostage qui peut servir d’engrais, d’outil pour diminuer les conséquences des érosions ou encore d’épandage agricole, pratique très généralisée déjà. »
K : Les conseils que vous donneriez pour une bonne utilisation de l’eau ?
« Les conseils sont des gestes simples à réaliser dans la vie de chaque jour. Fermer le robinet en se lavant les dents, vous doucher en respectant une limite de temps, faire passer le message à vos élus que vous êtes intéressés par les problématiques liées à la gestion de l’eau, investir dans les équipements ménagers économiseurs d’énergie comme les cuvettes de WC à deux boutons, le réducteur à mettre dans la pomme de douche pour économiser entre 15 et 20% d’eau tout en profitant de la même pression, chercher les fuites de votre maison et ne pas hésiter à changer les joints tout en demandant à votre syndic, si vous en dépendez, de faire changer tous les joints défaillants de la copropriété et, enfin, boire l’eau du robinet, bonne et moins chère que l’eau minérale. »
Infos + :
http://www.oieau.fr/ : Site de l’Office International de l’Eau – Développer les compétences pour mieux gérer l’eau.
http://www.ademe.fr/particuliers/fiches/maison/rub3.htm : Conseils pratiques de l’ADEME pour vous faire économiser l’eau par des gestes simples.
Christelle YANEZ

Qui gère quoi ?
Le traitement de l’eau est un processus bien spécifique qui permet de purifier les eaux usées, de rendre l’eau potable par des méthodes d’assainissement et autres techniques. Chaque autorité compétente a un rôle précis tout comme l’Office International de l’eau qui défend les intérêts de l’or bleu.

Eaux usées dans la pratique
L’assainissement des eaux usées est une étape incontournable après la collecte. En effet, nettoyer les eaux usées permet de préserver les ressources en eau et d’épargner l’environnement qui les accueille une fois qu’elles ont été traitées, les lacs, rivières et nappes souterraines

Tartre et calcaire, mode d'emploi
L’eau potable subit moult attaques au quotidien : calcaire, tartre, pollution bactéries, les ennemis ne manquent pas. Parmi les plus contraignants, le tartre qui s’installe partout chez vous-même jusque dans les parois et réservoirs de vos appareils.

Les sites web communiquent sur l'environnement
Le web est LA toile par excellence pour exprimer ses idées et réflexions. Pour preuve, le portail multimédia édité par e-graine, www.kiagi.org. Ce dernier développe moult thématiques liées au développement durable tout en rendant le contenu interactif et pratique.



